Fitch alerte : la dette française pèse sur le quotidien

Fitch alerte : la dette française pèse sur le quotidien

Perspective dégradée : ce que la décision de Fitch change pour les citoyens

La note de la dette souveraine française reste à A+, mais Fitch a dégradé sa perspective de “stable” à “négative”. Vendredi, l’agence de notation américaine a invoqué une croissance plus faible, un coût d’emprunt plus élevé et un déficit plus important que lors de sa précédente évaluation, en août dernier. Pour les ménages, les entreprises et les usagers des services publics, ce verdict traduit un environnement où chaque point de déficit se paie davantage cher, et où la capacité du pays à financer ses engagements collectifs est de nouveau en question.

Fitch justifie sa décision par “la persistance de la fragmentation politique” et “un contexte social difficile”, avec les manifestations massives qui secouent le pays, éléments qui “compliquent davantage la mise en œuvre d’un assainissement budgétaire durable”. L’agence souligne toutefois que la note de la France reste soutenue par “la taille, la richesse et la diversification de son économie, la solidité de ses institutions, son appartenance à la zone euro et la résilience de son secteur bancaire”.

Le contexte économique pèse lourd dans cette appréciation. Vendredi matin, l’Insee a publié des chiffres montrant un recul de 0,1 % du produit intérieur brut français au troisième trimestre, après une stagnation au deuxième trimestre et un repli de 0,2 % au premier. Sur le plateau de Franceinfo, plus tôt dans la journée, le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, avait décrit une économie française “à l’arrêt”, avertissant que le pays irait “dans le mur” si le budget de “redressement” n’était pas adopté.

Face à cette dégradation de perspective, le gouvernement réaffirme sa détermination. Dans un communiqué envoyé aux médias vendredi soir, Roland Lescure a déclaré “prendre acte” de la décision de l’agence américaine. “Cette appréciation confirme l’absolue nécessité d’adopter d’ici la fin de l’année un budget responsable, qui vise à rétablir les comptes publics en réduisant notre déficit à 5%”, a-t-il poursuivi, ajoutant que le gouvernement était “déterminé à poursuivre sur une trajectoire de consolidation budgétaire”. “Dans un contexte international incertain, il est impératif de donner de la visibilité aux acteurs économiques”, a conclu le ministre, qui a martelé : “Je le dis et je le répète et je le répéterai jusqu’au bout : on a besoin d’un budget, on a besoin d’un déficit budgétaire à 5% ou moins.”

L’adoption du texte par un vote au Parlement apparaît pourtant plus qu’incertaine, faute de majorité à l’Assemblée nationale et à l’approche de l’élection présidentielle de 2027, probablement suivie de législatives. Les débats politiques qui se dessinent à six mois du scrutin “n’ont pas sensiblement renforcé la confiance de Fitch dans la possibilité d’une réduction durable du déficit susceptible de stabiliser la dette”, observe l’agence, qui estime néanmoins que “le budget devrait être adopté, grâce aux mécanismes constitutionnels dont dispose le gouvernement malgré l’absence de majorité parlementaire”.

En cas de blocage, Roland Lescure a fait savoir que le gouvernement n’excluait pas de recourir à l’article 49.3 de la Constitution, qui permet l’adoption d’un texte sans vote, sauf si une motion de censure est adoptée. Autre possibilité : le recours aux ordonnances, une procédure jamais utilisée pour faire adopter un budget depuis l’instauration de la Ve République, en 1958.

Interrogé par Euronews, Jérôme Mathis, professeur d’économie à l’université Paris-Dauphine, estime qu’un budget adopté par ordonnance pourrait réduire l’incertitude à court terme, mais ne rétablirait pas la crédibilité budgétaire à long terme. “Les marchés préfèrent généralement une décision contestée à une absence prolongée de décision. Mais si un budget adopté par ordonnance est perçu comme fragile, susceptible d’être remis en cause après l’élection présidentielle ou révélateur d’une incapacité durable du système politique à construire des majorités, l’effet positif sur la confiance [des investisseurs] pourrait être limité”, explique le chercheur.

Autant d’incertitudes qui, in fine, se répercutent sur le quotidien des citoyens et sur les moyens dont disposera le pays pour financer ses politiques publiques. La question qui reste ouverte : le Parlement parviendra-t-il à adopter un budget d’ici la fin de l’année, ou faudra-t-il passer par des outils exceptionnels dont la solidité reste à prouver ?

Questions-réponses

Quelle décision Fitch a-t-elle prise concernant la France ?

Fitch a maintenu la note de la dette souveraine française à A+, mais a dégradé sa perspective de stable à négative, invoquant une croissance plus faible, un coût d'emprunt plus élevé et un déficit plus important qu'en août dernier.

Quels éléments justifient encore la note A+ selon l'agence ?

La taille, la richesse et la diversification de l'économie française, la solidité de ses institutions, son appartenance à la zone euro et la résilience de son secteur bancaire.

Quelles options le gouvernement envisage-t-il pour faire adopter le budget ?

En cas de blocage, Roland Lescure n'exclut pas de recourir à l'article 49.3 de la Constitution, qui permet l'adoption sans vote sauf motion de censure, ou aux ordonnances, une procédure jamais utilisée pour un budget depuis 1958.

Quelles sont les conséquences pour les citoyens ?

Ces incertitudes se répercutent sur le quotidien des citoyens et sur les moyens dont disposera le pays pour financer ses politiques publiques, chaque point de déficit se payant davantage cher.