Deux semaines d’audiences, un constat net : au procès des narchomicides de Marseille, la machine judiciaire avance, mais elle fonctionne dans un climat où la peur et les intimidations se sont invitées jusque dans le prétoire. Accusations de menaces, témoins terrorisés, silences pesants : le déroulement des débats est constamment entravé par une tension que ni le président de la cour ni les acteurs du procès ne semblent en mesure de dissiper complètement. C’est dans ce contexte qu’a eu lieu, ce lundi 19 octobre, le face-à-face attendu depuis six ans entre Amine Kessaci et un cadre présumé de la DZ Mafia.
Ce lundi-là, le porte-parole d’EELV prend place à l’extrémité du banc des parties civiles. Quelques minutes plus tard, à l’autre bout de la salle, un certain Amine Oualane s’installe dans le box des accusés, aux côtés de quatre autres hommes. Les deux hommes se connaissent de réputation, mais ne s’étaient encore jamais retrouvés face à face. Le récit de ces échanges, faits de regards et de silences, illustre la charge émotionnelle que supporte ce procès, où chaque audience met à l’épreuve la capacité de l’institution à tenir ses garanties.
Si Amine Oualane comparaît, c’est qu’il est accusé d’avoir participé à l’assassinat du frère aîné d’Amine Kessaci, Brahim Chabane. Il est présenté aujourd’hui comme un cadre présumé de la DZ Mafia, organisation dont le nom revient en filigrane dans ce dossier. L’accusation place donc face à face, dans une même salle d’audience, un élu de terrain devenu partie civile et un homme que la justice considère comme un cadre présumé du narcobande marseillais.
Les faits jugés remontent à 2020. Brahim Chabane avait été retrouvé mort aux côtés d’un ami, Réda Khaldi : les deux hommes avaient été tués par balles puis calcinés dans une voiture près de Marseille. Une autre de leurs connaissances, Nassim Loubani, a également été tuée par balles, puis démembrée et calcinée. Selon les enquêteurs, il s’agit d’un narchomicide particulièrement barbare, prémices d’une mexicanisation des règlements de comptes, c’est-à-dire d’une importation de méthodes d’une violence inédite dans le paysage criminel local.
Pour les parties civiles, dont Amine Kessaci est devenu l’une des figures, ce procès représente l’aboutissement d’une attente de six ans, une échéance longtemps différée avant que les dossiers n’arrivent devant la cour. Ce délai, que les proches des victimes ont dû traverser, fait partie des réalités que ce type d’instruction impose, et il explique en partie l’intensité du face-à-face du 19 octobre.
Mais l’enjeu de ces deux premières semaines dépasse le seul affrontement entre les parties. Le fonctionnement même des débats est mis à l’épreuve par le climat qui entoure le procès. Les accusations de menaces et la terreur ressentie par certains témoins posent une question concrète à l’institution judiciaire : celle de sa capacité à recueillir des dépositions dans des conditions sereines, alors même que la peur circule jusque dans la salle. Les silences observés au prétoire, tout autant que les regards échangés entre Amine Kessaci et Amine Oualane, en sont le symptôme le plus visible.
Reste désormais à savoir si les semaines d’audiences à venir permettront à ce procès de remplir sa fonction, malgré un environnement où les intimidations se manifestent ouvertement. Pour les familles des victimes et pour les parties civiles, la question n’est pas seulement celle de la culpabilité des accusés, mais celle de la tenue d’un procès que la peur n’aura pas réussi à détourner de son cours.