Le rugby à 7 féminin africain a offert, lors des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar, un spectacle qui dépasse largement le cadre sportif. Pour la première fois, une équipe africaine a décroché l’or olympique dans cette discipline. Derrière ce résultat, ce sont des milliers de jeunes Africaines qui voient s’ouvrir un horizon nouveau, dans des pays où la pratique féminine du rugby restait confidentielle. Le Kenya a triomphé, Madagascar a signé la première médaille olympique de son histoire, et le Sénégal, pays hôte, a posé les premières pierres d’une aventure inédite pour ses sportives.
Lors de la précédente édition des JOJ à Buenos Aires, le continent n’était représenté dans le tournoi féminin que par une seule équipe, la Tunisie, qui avait terminé sixième. Quatre ans plus tard, le chemin parcouru est considérable. Les Kenyanes, championnes olympiques, partagent le podium avec l’Australie et Madagascar, un résultat qui témoigne du développement du rugby sur le continent, derrière le géant sud-africain.
La finale restera comme l’un des moments forts du tournoi. Menées 12 à 5 pendant une grande partie de la rencontre face à l’Australie, première nation mondiale de la discipline, les Kenyanes ont renversé le cours du match pour s’imposer 17 à 12, grâce à un essai en prolongations de l’arrière Michelle Chemtai, devant un public acquis à la cause de l’équipe africaine. Le Kenya n’est pourtant classé que quinzième au niveau mondial. Zain Hido, la capitaine kenyanne, âgée de 17 ans, a du mal à contenir son émotion : « Je suis tellement heureuse, enthousiaste et submergée par l’émotion. Je n’arrive même pas à décrire ce que je ressens. Nous sommes venues ici avec un seul objectif, remporter l’or. »
L’autre belle histoire de ce tournoi est celle de Madagascar. Les Malgaches n’ont perdu qu’un seul match en cinq rencontres, face aux futures championnes olympiques (5-15). Classée 34e nation mondiale, l’équipe a pourtant battu les États-Unis, quatrièmes au classement (12-10), l’Espagne, huitième nation mondiale (19-12), et à deux reprises la République tchèque, 17e au classement, dont en match pour la médaille de bronze (26-10). Portée tout au long du tournoi par sa numéro 10, Sariaka Raveloarisoa, auteure de 16 points lors de la finale pour la troisième place, l’équipe a été la sensation du tournoi et a offert à Madagascar la première médaille olympique de son histoire. « Nous sommes si heureuses ! Cette médaille, c’est pour nous, pour notre pays ! C’est la première fois pour nous, c’est incroyable », confiait la joueuse Princia Ranaivoson, interrogée par Olympics.com.
Ce succès malgache n’a rien d’un accident. Le pays possède une véritable culture du rugby, notamment à quinze. La fédération locale existe depuis 1962 et les matchs de championnat attirent des dizaines de milliers de spectateurs dans le stade Makis d’Andohatapenaka. C’est ce socle populaire qui a permis l’éclosion de cette génération de joueuses.
Le Sénégal, pays hôte, a de son côté aligné pour la première fois de son histoire olympique une équipe féminine de rugby à 7. Les Lioncelles de la Teranga ont connu cinq défaites, mais l’heure était à l’apprentissage. Dans le tournoi masculin, l’Afrique du Sud a pris la deuxième place, tandis que le Sénégal et l’Ouganda terminaient aux septième et huitième rangs. Lors des deux derniers tournois des JOJ, la Tunisie s’était contentée de la sixième place.
Ces résultats, détaillés notamment par la publication dont on peut lire le récit complet ici : https://information.tv5monde.com/sport/joj-dakar-2026-le-rugby-7-feminin-africain-franchit-un-nouveau-palier-avec-le-kenya-et-madagascar-2844409, posent une question de fond : celle des moyens accordés au développement de la discipline sur le continent. Depuis 2017, World Rugby a lancé plusieurs programmes de développement du rugby à 15 et à 7 en Afrique, mais les budgets restent maigres. Chaque année, l’instance internationale reverse un peu plus de 5 millions de dollars de droits à chaque nation européenne, alors que l’ensemble du continent, hors Afrique du Sud, ne dépasse pas 2 millions de dollars, soit environ 55 000 dollars par fédération.
Face à un rugby à 15 qui « s’est professionnalisé et qui draine de plus en plus d’argent », le rugby à 7 apparaît comme la voie à suivre pour l’Afrique, selon Abdelaziz Bougja, ancien président de la Fédération africaine de rugby et de la Confédération africaine de rugby. « Ce sport est un sport olympique désormais qui gagne en visibilité mais qui est surtout resté amateur. C’est un sport ludique, moins complexe que le rugby à XV », estimait-il auprès de TV5Monde. Avec deux médailles, dont l’or, le rugby à 7 féminin africain change de dimension, et la victoire des Kenyanes constitue un premier encouragement pour toute une génération de joueuses du continent. Reste à savoir si ce momentum se traduira, dans les années à venir, par des investissements à la hauteur de ce nouveau palier franchi.