Un adage ancien, « la plume est serve, mais la parole est libre », ouvre aujourd’hui une réflexion qui touche au cœur du rapport entre les juges et le pouvoir politique. C’est la question que soulève Gérald Pandelon, avocat à la Cour d’appel de Paris et à la Cour pénale internationale de La Haye, dans une analyse publiée le 3 novembre 2026 sous le titre « Mais pourquoi laisse-t-on le Syndicat de la magistrature porter atteinte à la séparation des pouvoirs ? ». Le texte, accessible notamment via ce lien : https://atlantico.fr/article/decryptage/mais-pourquoi-laisse-t-on-le-syndicat-de-la-magistrature-porter-atteinte-a-la-separation-des-pouvoirs-pandelon-mathieu, interroge la place d’un syndicat de magistrats qui dénonce ouvertement la politique pénale du gouvernement.
Pour mesurer la portée de cette controverse, il faut d’abord s’attarder sur le parcours singulier de celui qui la formule. Gérald Pandelon n’est pas un chroniqueur parmi d’autres. Docteur en droit pénal et docteur en sciences politiques, discipline qu’il a enseignée pendant quinze ans, il est également chargé d’enseignement et diplômé de Sciences-Po. Son ancrage dans les réalités du prétoire et de la doctrine se lit dans une bibliographie dense : « Inquisition française » (Editions Reinharc, 2025), « L’aveu en matière pénale » (éditions Valensin, 2015), « La face cachée de la justice » (Editions Valensin, 2016), « Que sais-je sur le métier d’avocat en France » (PUF, 2017) et « La France des caïds » (Max Milo, 2020). Il préside par ailleurs l’Association française des professionnels de la justice et du droit (AJPD), ce qui le place au contact quotidien de celles et ceux qui font vivre l’institution judiciaire.
C’est cette double expérience, celle du barreau et celle de l’enseignement, qui donne du poids à la distinction qu’il propose. L’adage qui protège la parole du magistrat, rappelle-t-il, vise un cadre précis : il garantit la liberté d’un juge dans un dossier particulier. Il ne saurait, selon lui, justifier le droit de mener une campagne publique contre les instructions de son ministre. La nuance est essentielle. Et c’est elle qui structure toute sa démonstration.
Car la question posée par Gérald Pandelon est celle d’une ligne de partage. D’un côté, l’indépendance de la justice, garantie par la Constitution et vécue comme un bien précieux par les justiciables eux-mêmes, puisque c’est elle qui protège chaque citoyen face à l’État. De l’autre, l’engagement politique des juges, interdit depuis 1958. Entre ces deux bornes, où se situe exactement la frontière que ce syndicat viendrait de franchir en dénonçant publiquement la politique pénale du gouvernement ? Telle est l’interrogation centrale de l’analyse, formulée d’emblée par son auteur.
Le point le plus saillant de sa critique tient à la notion de mandat. Le syndicat en question, souligne Gérald Pandelon, ne dispose d’aucun mandat démocratique pour définir la politique pénale. Cette absence de légitimité électorale, face à un gouvernement qui, lui, tient la sienne du suffrage, constitue le nœud du problème selon lui. Ce n’est pas l’expression d’opinions qui est en cause, mais le passage d’une parole professionnelle protégée à une prise de position politique assumée, dans un domaine où la compétence revient aux autorités élues.
Au-delà du cas particulier, c’est l’équilibre des pouvoirs qui se trouve au centre du débat. Pour le lecteur ordinaire, l’enjeu est concret : la confiance dans une justice qui tranche les litiges sans paraître obéir à une consigne, ni semble-t-il s’ériger en contre-pouvoir politique. L’analyse de Gérald Pandelon, riche de onze minutes de lecture, invite précisément à mesurer où passe cette ligne rouge, et pourquoi, selon son titre, on la laisserait aujourd’hui être franchie.