Procès Inass Touloub : la cour d'assises de Blois saisie lundi

Procès Inass Touloub : la cour d'assises de Blois saisie lundi

Trente-neuf ans après les faits, les parents de la petite Inass enfin jugés

La cour d’assises du Loir-et-Cher ouvre ce lundi 2 novembre, à Blois, le procès des parents d’Inass Touloub, près de 39 ans après la découverte du corps de la fillette au bord de l’autoroute Paris-Aquitaine. Les accusés, âgés de 72 et 74 ans, comparaissent pour “tortures ou actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner”, ainsi que pour complicité. Ils encourent la réclusion criminelle à perpétuité. Les débats doivent se poursuivre jusqu’au 18 novembre.

L’affaire, qualifiée de l’une des plus anciennes affaires criminelles de France, a mobilisé pendant trois décennies gendarmes et magistrats, confrontés à une énigme sans précédent. Le 11 août 1987, une fillette de 4 ans est retrouvée morte à hauteur de Suèvres, village du Loir-et-Cher situé entre Orléans et Tours. Son corps porte des blessures, des brûlures et des morsures. Aucune disparition d’enfant n’a été signalée, et ceux qui l’ont déposée au bord de la voie peuvent venir de n’importe où. Les enquêteurs ont multiplié les moyens d’identification : appels à témoins, exploration des fichiers des écoles et des allocations familiales, diffusion d’affiches. Des milliers de pistes ont été vérifiées. En vain.

C’est l’institution judiciaire qui a fini par percer le secret. En 2018, l’un des profils ADN retrouvés sur la couverture qui enveloppait l’enfant correspondait à une empreinte génétique enregistrée dans un fichier. Un frère de la victime a d’abord été identifié, puis l’ensemble de sa famille. L’inconnue de l’A10 s’appelait Inass Touloub. L’enquête a établi que ce sont ses parents qui l’ont abandonnée au bord de la route, alors qu’ils se rendaient en vacances au Maroc, avant de garder le silence pendant trois décennies.

Devant la cour d’assises, la question de la responsabilité de chacun des deux parents occupera une place centrale. La mère d’Inass, Halima El Bakhti, reconnaît avoir régulièrement violenté sa fille. Elle se souvient de l’avoir giflée, mais affirme ne pas se rappeler l’avoir mordue ni brûlée. Le père, Ahmed Touloub, dit avoir été lâche, incapable de s’opposer à sa femme. Il est accusé de complicité, un chef qui interroge le degré d’implication de chacun dans les actes ayant conduit à la mort de l’enfant.

Le caractère tardif de ces assises constitue l’une des limites reconnues du procès. Trente-neuf ans après les faits, pourra-t-on encore établir avec précision ce qui s’est passé, alors que les accusés sont aujourd’hui âgés de 72 et 74 ans ? Les acteurs de cette enquête hors normes assurent pourtant que l’instance judiciaire était nécessaire, pour rendre justice à Inass et lui donner enfin sa place de victime. Le procès représente aussi l’aboutissement institutionnel d’une chaîne d’investigation qui a traversé les générations d’enquêteurs, depuis les premières constatations de 1987 jusqu’à l’identification génétique de 2018.

Au-delà du sort des deux accusés, les débats de Blois porteront sur la manière dont une enfant a pu mourir au bord d’une autoroute sans que personne ne signale son absence, et sur le silence maintenu pendant trente ans par ceux qui étaient tenus de la protéger. La cour d’assises du Loir-et-Cher devra répondre à ces questions au terme des audiences prévues jusqu’au 18 novembre. Pour ceux qui souhaitent suivre le contexte complet de l’affaire, le podcast de Corinne Audouin, “Elle s’appelait Inass : la petite inconnue de l’A10”, en six épisodes, est disponible sur l’application Radio France.

Questions-réponses

Quels chefs d'accusation les parents d'Inass Touloub encourent-ils ?

Ils comparaissent pour tortures ou actes de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner, ainsi que pour complicité, et encourent la réclusion criminelle à perpétuité.

Comment l'identification de la fillette a-t-elle été possible après tant d'années ?

En 2018, l'un des profils ADN retrouvés sur la couverture qui enveloppait l'enfant a correspondu à une empreinte génétique enregistrée dans un fichier. Un frère de la victime a d'abord été identifié, puis l'ensemble de sa famille.

Quelles limites le procès présente-t-il ?

Le caractère tardif des assises, 39 ans après les faits, constitue une limite reconnue : il pourrait être difficile d'établir avec précision ce qui s'est passé, alors que les accusés sont âgés de 72 et 74 ans.

Quelles questions les débats devront-ils trancher au-delà du sort des accusés ?

La cour devra examiner comment une enfant a pu mourir au bord d'une autoroute sans que personne ne signale son absence, et le silence maintenu pendant trente ans par ceux qui étaient tenus de la protéger.

Articles liés

  1. 1 Crime & Société Procès des narcomicides de Marseille : des débats sous la peur
  2. 2 Crime & Société Après 39 ans, la justice française juge enfin l'affaire de l'A10
  3. 3 Crime & Société « Je tiens à ma vie » : la peur des réseaux au procès d'Aix
  4. 4 Crime & Société Barrage géant de 11.200 MW : la police face aux colères
  5. 5 Crime & Société IGPN saisie après la blessure grave d'un photographe à Paris