Vingt et mille litres de gasoil. C’est le montant du détournement qui a valu à dix-sept personnes d’être déférées puis inculpées à Diego-Suarez, dans le Nord-Nord-Est de Madagascar. L’affaire, révélée par L’Express de Madagascar et relayée par moov.mg, touche directement l’économie énergétique locale : sept employés de la JIRAMA, l’entreprise publique d’électricité, et cinq salariés de la société de transport Voromailala, chargée du convoyage du carburant, figurent parmi les mis en cause, tous placés en détention provisoire.
L’origine de l’enquête remonte à une plainte déposée par la JIRAMA elle-même, fin septembre 2026, auprès du procureur de la République de Diego-Suarez. Pour l’entreprise publique, déjà confrontée aux difficultés d’approvisionnement en électricité qui marquent le pays, chaque litre de gasoil détourné représente une perte sèche sur un actif stratégique dont dépend son activité de production et de distribution. C’est ce préjudice économique qui a déclenché la mobilisation des policiers et des gendarmes de la ville.
Les premières investigations avaient permis d’établir une liste de suspects. Faute de preuves formelles, et en accord avec le directeur d’enquête, les pistes potentielles avaient été placées sous surveillance plutôt que sanctionnées immédiatement. Ce choix méthodologique a porté ses fruits : mardi 3 novembre 2026, dix-sept personnes ont été présentées à la justice. Le magistrat a retenu contre elles des chefs de vol, complicité, abus de confiance, association de malfaiteurs et atteinte à la sûreté intérieure de l’État.
C’est cette dernière qualification, la plus lourde, qui illustre la dimension économique et stratégique du dossier. En soulignant que “les actes incriminés sont susceptibles de provoquer des perturbations de l’ordre et de la sécurité publique”, le procureur a explicitement relié le détournement de carburant à la fragilité du contexte national. “Nous ne sommes pas sans savoir les tensions politiques qu’a connues le pays, dans un contexte marqué par les difficultés d’approvisionnement en électricité”, a-t-il déclaré, selon les informations rapportées par L’Express de Madagascar. Dans un environnement où l’accès à l’énergie conditionne l’activité des entreprises et la stabilité sociale, le vol de carburant cesse d’être un simple préjudice commercial pour devenir une menace pesant sur des infrastructures essentielles.
Le profil des mis en cause révèle la structure du réseau. Outre les sept employés de la JIRAMA et les cinq salariés de Voromailala, l’enquête, selon moov.mg, “a permis d’arrêter trois particuliers, d’un agent du ministère du Commerce et de la Consommation d’Antsiranana et d’un enseignant exerçant dans un lycée public de la ville”. La présence d’un fonctionnaire du ministère du Commerce et d’une station-service dans le dispositif suggère une chaîne complète, de l’extraction du carburant jusqu’à sa revente, impliquant à la fois les opérateurs du transport, les agents de l’entreprise publique et les débouchés commerciaux.
Les forces de l’ordre poursuivent leurs recherches pour identifier et interpeller les complices désormais en cavale. L’ampleur du dispositif, dix-sept inculpations simultanées dans une seule ville, donne la mesure de ce que représentent, pour les opérateurs économiques de la région, ces détournements exercés sur un carburant déjà rare.
Le dossier complet est à consulter sur le site d’Outre-mer La 1ère : https://la1ere.franceinfo.fr/reunion/madagascar-detournement-de-21-000-litres-de-carburants-dix-sept-suspects-inculpes-1755168.html
Pour la JIRAMA, dont les difficultés financières et d’approvisionnement structurent déjà le quotidien des ménages et des entreprises malgaches, cette opération de police judiciaire constitue un signal : la protection de ses flux logistiques est désormais traitée comme une question de sûreté de l’État, avec les moyens répressifs que cela implique. La suite de la procédure dira si le réseau démantelé à Diego-Suarez n’était qu’une cellule isolée ou le maillon d’un trafic plus large, question qui déterminera l’ampleur réelle du préjudice pour l’entreprise publique et pour le marché du carburant dans le nord de l’île.