Madagascar : cent drones tactiques S-330 entièrement financés par la France et produits localement par Aerial Metric
Le montage financier est limpide : Paris paie, Antananarivo reçoit. L’information a été révélée ce mardi 6 octobre 2026 par les services de Catherine Vautrin, ministre des Armées, en déplacement officiel à Antananarivo. Le programme, une dotation entièrement financée par la France, prévoit la fourniture de cent drones tactiques S-330 aux Forces Armées Malgaches (FAM), dans le cadre de la collaboration entre les deux pays en matière de sécurité. Désarmé, le S-330 est avant tout un équipement de surveillance.
Le bénéficiaire industriel du marché mérite à lui seul le détour. Le groupe franco-malgache Aerial Metric, resté si confidentiel que son existence même pouvait échapper aux observateurs, dispose de deux sièges : l’un à Ambohibao, dans la banlieue d’Antananarivo, l’autre à Biarritz. Ce double ancrage illustre la façon dont un industriel de taille modeste peut s’insérer dans une chaîne de coopération sécuritaire adossée à un financement d’État, et se retrouver du jour au lendemain au centre d’un contrat officialisé au plus haut niveau.
Sur le plan industriel, la commande sera honorée sur place : les appareils sortiront des ateliers de l’entreprise, à Madagascar même. Le calendrier est déjà acté. Les FAM doivent recevoir un premier lot de vingt machines d’ici quelques jours, le reliquat de la commande étant attendu pour la fin de l’année. Un rythme qui suppose une chaîne de production déjà rodée, et qui confère à l’opération une dimension autant industrielle que diplomatique. Pour Aerial Metric, l’enjeu commercial dépasse d’ailleurs la commande elle-même : cent exemplaires d’un même modèle destinés à un client étatique, avec une production locale et un volet formation adossé à l’armée française, constituent une vitrine de premier ordre pour un groupe jusqu’ici discret.
Côté technique, l’Aerial Metric S-330 appartient à la catégorie des drones VTOL, capables de décoller à la verticale avant d’effectuer leur translation vers le vol horizontal, à l’image du Delair DT46 en service au sein de l’Armée de Terre. Le volet des compétences fait partie intégrante du dispositif : ce sont des militaires français des FAZSOI, les Forces Armées de la Zone Sud de l’Océan Indien, qui assurent depuis La Réunion la formation des télépilotes malgaches.
L’implication directe de Paris s’explique aussi par la structure habituelle des financements. Madagascar, l’un des pays les plus pauvres du monde, ancienne colonie française et membre de la francophonie, bénéficie assez régulièrement de programmes de soutien au développement cofinancés par la France et par l’Union européenne. Mais, en matière de défense, cette dernière ne met pas trop la main à la poche. La France s’y colle donc, ce qui explique que la ministre des Armées se soit déplacée personnellement sur cette île de l’océan Indien pour officialiser le contrat.
Les retombées attendues sont doubles. Les missions premières des S-330 des FAM consisteront en la surveillance terrestre et maritime, notamment le contrôle des navires de commerce qui croisent dans les eaux locales. Pour Antananarivo, ces drones téléopérés par ses propres militaires doivent permettre de renforcer la sécurité dans la région. Pour Paris, l’intérêt est tout aussi net : voir cette sécurité se consolider sans engager ses propres moyens. De ce point de vue, la France et Madagascar sortent gagnantes-gagnantes de l’opération.
Reste à savoir si cette vitrine industrielle ouvrira à Aerial Metric d’autres marchés étatiques dans la zone.