De Madagascar à Accra : ce que la Language Diversity Conference 2026 a réussi à faire fonctionner
Réunir pendant trois jours plus de 100 militants linguistiques, Wikimédiens, chercheurs et acteurs du patrimoine représentant 82 langues constitue un défi logistique de taille. C’est pourtant ce qu’ont réussi les organisateurs de la Language Diversity Conference 2026, tenue à Accra, au Ghana, grâce à une coordination que les participants ont jugée remarquable. Pour une participante venue de Madagascar, engagée dans la revitalisation numérique de la langue malgache, l’événement a tenu ses promesses tant sur le plan des contenus que sur celui de l’exécution.
Le montage de la conférence a été porté par quatre entités : Wikitongues, Wikimedia UK, le Wikimedia Language Diversity Hub et le Dagbani Wikimedians User Group. Leur travail d’organisation a été salué explicitement, des sessions et ateliers captivants jusqu’à la fluidité de la logistique et la coordination attentive des équipes sur place. Chaque détail opérationnel a contribué à créer un environnement accueillant, permettant aux participants de se concentrer sur l’essentiel : apprendre, partager leurs expériences, échanger des idées et créer des liens. Faire cohabiter des personnes travaillant sur 82 langues différentes n’est pas une mince affaire, et l’événement a produit l’espace commun espéré.
Le programme lui-même a été conçu comme une progression cohérente. La conférence s’est ouverte sur une danse Jara du Ghana, exécutée par la troupe culturelle Nbangba, qui a immédiatement installé un sentiment de culture, d’identité et de communauté. Avant même les présentations et la conférence inaugurale, le lien entre langue, traditions et manière dont les communautés s’expriment était déjà tangible. Cette atmosphère s’est maintenue tout au long des trois journées.
Sur le plan des livrables concrets, la délégation malgache a pu présenter « Bridging Communities: Global Voices and Wikimedia Madagascar Collaboration for Malagasy Digital Revitalization », une intervention consacrée à la collaboration comme levier pour rendre une langue plus visible et plus active en ligne. Le constat de fond est clair : si le malgache reste parlé par la majorité de la population de Madagascar, cela ne suffit pas à garantir sa place à l’ère numérique. Sans ressources éducatives, contenus culturels et informations utiles disponibles en ligne dans la langue, un écart se creuse entre ce que les gens parlent et ce qu’ils utilisent pour accéder aux connaissances. La revitalisation numérique vise précisément à faire du malgache une langue écrite, visible, utile et active dans le monde numérique.
Les sessions ont couvert un large éventail de sujets opérationnels : revitalisation des langues, documentation numérique, intelligence artificielle, accessibilité, savoirs autochtones et technologies. Les communautés présentes, venues de régions très différentes, se sont heurtées à des questions similaires : comment ouvrir la participation aux femmes et aux voix sous-représentées, comment documenter les traditions orales dans le respect de l’appropriation communautaire et du consentement, comment adapter les outils numériques et l’IA aux langues disposant de peu de ressources en ligne, comment garder les communautés au cœur des décisions concernant leurs langues, et comment impliquer les jeunes générations.
Un élément distinctif du dispositif mérite d’être souligné : l’inclusion de la langue des signes tout au long de l’événement, preuve que la diversité linguistique ne se limite pas aux langues parlées et écrites et qu’un environnement numérique inclusif doit reconnaître plusieurs formes de communication.
La clôture a pris la forme d’une performance poétique, en écho à l’ouverture dansée. Le poème rappelait que la langue porte les souvenirs, l’identité, le sentiment d’appartenance, la culture, la famille et le sentiment d’être chez soi, et que derrière chaque jeu de données, chaque ressource numérique ou chaque projet Wikimedia se trouvent des personnes et des communautés réelles.
Reste la phase de mise en œuvre à domicile. La participante repart à Madagascar avec de nouvelles connaissances, idées, relations et possibilités de collaboration, et prévoit de partager ces acquis avec les Wikimédiens, les militants linguistiques et la communauté malgache dans les mois à venir. Deux chantiers prioritaires sont annoncés : la documentation des traditions orales et l’exploration de la manière dont l’IA et les outils numériques peuvent mieux servir les langues à faibles ressources en ligne. Les rencontres nouées à Accra ont déjà ouvert des pistes de collaborations futures pour accroître la visibilité du malgache en ligne.