Moussa Kaka, patron de presse nigérien, saisi par la Commission de l'UA

La Fédération africaine des journalistes porte le dossier devant l'instance panafricaine réunie à Dakar.

Moussa Kaka, patron de presse nigérien, saisi par la Commission de l'UA

La disparition de Moussa Kaka, directeur de Radiotélévision Saraounia et figure économique du paysage médiatique nigérien, prive depuis un mois et demi une entreprise de presse de son dirigeant et le public d’une source d’information de référence sur le Niger. Son dossier est arrivé cette semaine devant la Commission africaine des droits de l’Homme, réunie depuis le lundi 12 octobre à Dakar pour sa session annuelle, à la suite d’une saisine officielle de la Fédération africaine des journalistes, l’organisation professionnelle qui chapeaute la presse du continent.

L’argument central de la Fédération tient en une contradiction documentée. Il y a une semaine, les autorités nigériennes ont affirmé détenir Moussa Kaka. Pourtant, ni sa famille, ni son avocat, ni ses collègues n’ont pu le voir depuis. Le lieu de sa détention reste tenu secret. Pour Omar Faruk Osman, président de la Fédération africaine des journalistes, cette situation correspond précisément à ce que le droit qualifie de disparition forcée.

« Le seul journaliste en Afrique dont on peut dire en 2026 qu’il est victime de disparition forcée est notre collègue Moussa Kaka. Nous exigeons qu’il soit retrouvé », a déclaré le dirigeant syndical, joint au micro de Léa-Lisa Westerhoff, correspondante de RFI à Dakar. Il précise la nature de la demande adressée à la Commission : « Nous ne voulons pas seulement qu’elle soit au courant, mais qu’elle agisse et qu’en tant qu’institution panafricaine chargée de la protection des droits de l’Homme, elle puisse garantir le retour en toute sécurité de notre collègue Moussa Kaka. »

Le ton d’Omar Faruk Osman, journaliste somalien lui-même, traduit une inquiétude qui dépasse le seul cas nigérien. « Le fait que Moussa Kaka, un journaliste professionnel, un journaliste chevronné et très respecté, qui ne faisait que son travail, le fait qu’il disparaisse ainsi en 2026 est inadmissible ! Cet événement a choqué tout le continent. Nous ne pouvons pas le prendre à la légère. Nous sommes très inquiets pour sa santé et sa sécurité. Nous souhaitons son retour sain et sauf au plus vite », a-t-il lancé.

Moussa Kaka n’est pas un inconnu du marché médiatique africain. Directeur de Radiotélévision Saraounia, il a raconté pendant des années l’actualité du Niger pour les antennes de RFI, une collaboration qui lui conférait une notoriété, et une valeur professionnelle, bien au-delà des frontières de son pays. Sa disparition interrompt du jour au lendemain l’activité d’une entreprise médiatique nigérienne.

Pour la Fédération africaine des journalistes, l’enjeu est désormais de transformer une interpellation médiatique en action institutionnelle. En saisissant la Commission africaine des droits de l’Homme de l’Union africaine, l’organisation espère que l’instance, réunie à Dakar, exercera la pression nécessaire sur Niamey. Le gouvernement nigérien, qui a reconnu détenir le journaliste, n’a pas, selon le brief, communiqué sur les conditions de cette détention ni sur le lieu où il se trouve.

La situation reste donc bloquée : une reconnaissance officielle de la détention, mais aucun accès pour les proches et le conseil du journaliste. C’est ce décalage entre la déclaration des autorités et la réalité du terrain que la Fédération entend faire trancher par l’institution panafricaine. La session de Dakar, qui se poursuit dans la capitale sénégalaise, offre à cette demande un cadre diplomatique adapté, celui d’une Commission dont le mandat est précisément la protection des droits de l’Homme sur le continent. Reste à savoir si cette saisine suffira à faire céder Niamey.

Questions-réponses

Qui a saisi la Commission africaine des droits de l'Homme et pourquoi ?

La Fédération africaine des journalistes, organisation professionnelle qui chapeaute la presse du continent, a officiellement saisi la Commission au sujet de la disparition de Moussa Kaka, directeur de Radiotélévision Saraounia, estimant qu'il est victime d'une disparition forcée.

Quelle est la position des autorités nigériennes ?

Les autorités nigériennes ont affirmé il y a une semaine détenir Moussa Kaka, mais n'ont pas communiqué sur les conditions de cette détention ni sur le lieu où il se trouve, et aucun accès n'a été accordé à sa famille, à son avocat ou à ses collègues.

Que demande exactement la Fédération africaine des journalistes ?

Selon son président Omar Faruk Osman, la Fédération ne veut pas seulement que la Commission soit au courant, mais qu'elle agisse et garantisse, en tant qu'institution panafricaine chargée de la protection des droits de l'Homme, le retour en toute sécurité de Moussa Kaka.

Quel est le profil économique et professionnel de Moussa Kaka ?

Directeur de Radiotélévision Saraounia, il était une figure du paysage médiatique nigérien et racontait depuis des années l'actualité du Niger pour les antennes de RFI, une collaboration qui lui conférait une notoriété et une valeur professionnelle bien au-delà des frontières de son pays. Sa disparition interrompt du jour au lendemain l'activité de son entreprise médiatique.