Madagascar : l'aide humanitaire se réduit avant El Niño

Fermetures et financements en baisse fragilisent la réponse dans le Grand Sud

Madagascar : l'aide humanitaire se réduit avant El Niño

Madagascar : dans le Grand Sud, l’aide humanitaire se réduit à mesure qu’El Niño approche

Le bureau d’Ampanihy, dans la région Atsimo Andrefana, a fermé ses portes. Action contre la Faim ne répond plus à la situation dans le sud de Madagascar qu’à partir d’un seul point d’ancrage, implanté à Ambovombe. L’ONG a lancé il y a quelques jours une alerte sur l’aggravation de la crise alimentaire dans le Grand Sud malgache et s’attend à y traverser la pire crise alimentaire depuis celle de 2021.

Cette contraction opérationnelle est directement liée aux financements disponibles, explique Xavier Poncin, directeur adjoint d’Action contre la Faim à Madagascar. « Globalement, le niveau d’assistance humanitaire disponible pour le sud de Madagascar est aussi réduit par rapport aux autres années, avec la baisse globale du niveau des financements », précise-t-il. De son point de vue, ces facteurs annoncent « une année très difficile ».

Pendant ce temps, la demande ne cesse de grimper. Plus de 2,5 millions de personnes sont actuellement confrontées à une insécurité alimentaire aiguë dans cette partie du pays, où la sécheresse sévit déjà. Le phénomène climatique mondial El Niño, selon l’ONG, accentuera cette sécheresse dans les prochains mois. « El Niño va impacter la prochaine campagne agricole par une pluviométrie plus faible et des températures plus élevées », détaille Xavier Poncin.

Les projections chiffrées donnent la mesure du défi opérationnel à venir. Au total, 500 000 enfants de moins de cinq ans devraient souffrir de malnutrition aiguë d’ici avril 2027. Six districts du Grand Sud malgache figurent en « phase 4 » dans les projections sur l’insécurité alimentaire, soit le dernier stade avant la famine.

En amont de toute intervention d’assistance, la chaîne de production agricole montre elle aussi des signes de défaillance. Les paysans sont fragilisés par la dernière récolte, très faible à cause de la sécheresse. Christaline Vaohanitriniriko, qui représente la région de l’Androy au sein de la Plateforme nationale de la société civile (Pfnoscm), a participé à une étude avec le PNUD dans le nord de cette région. Son observation est sans appel : « Au cours des deux dernières années, un paysan produisait au moins cinq tonnes d’arachide, contre une tonne tout au plus lors de la dernière récolte en mars. »

Cette chute de la production se traduit déjà par des effets en cascade sur le terrain. « Avec pour conséquences, dit-elle, une baisse des revenus et des rations alimentaires et un phénomène migratoire. Les hommes partent à la recherche de sources de revenus alternatives dans d’autres communes ou d’autres régions. L’argent gagné est envoyé aux familles restées au village, et dans le pire des cas, celles-ci finissent par les rejoindre. »

Pour Action contre la Faim, le risque principal réside dans l’accumulation. L’ONG redoute que la succession des sécheresses et des mauvaises récoltes à Madagascar conduise à une situation encore plus critique lors de la période de soudure suivante, fin 2027. Autrement dit, la fenêtre dont disposent les opérateurs humanitaires pour renforcer leur présence et leurs distributions dans le Grand Sud se réduit, alors même que leurs moyens, tributaires d’un niveau de financement en baisse, tendent à diminuer.

Le tableau dressé par l’organisation et les acteurs de la société civile est celui d’un dispositif de réponse qui devra faire face, avec moins de ressources et une implantation territoriale resserrée, à une campagne agricole affaiblie par une pluviométrie moindre et des températures plus élevées. La question de la capacité du système d’aide à tenir jusqu’à la fin 2027 se pose désormais en termes très concrets.

Questions-réponses

Pourquoi Action contre la Faim a-t-elle réduit sa présence dans le sud de Madagascar ?

La contraction opérationnelle est directement liée aux financements disponibles : le niveau d'assistance humanitaire est réduit par rapport aux autres années en raison de la baisse globale du niveau des financements, selon Xavier Poncin, directeur adjoint de l'ONG à Madagascar.

Quelles sont les projections chiffrées sur l'insécurité alimentaire dans le Grand Sud ?

Plus de 2,5 millions de personnes sont actuellement en insécurité alimentaire aiguë, 500 000 enfants de moins de cinq ans devraient souffrir de malnutrition aiguë d'ici avril 2027, et six districts du Grand Sud figurent en phase 4, le dernier stade avant la famine.

Quel effet El Niño aura-t-il sur la production agricole ?

Selon l'ONG, El Niño accentuera la sécheresse avec une pluviométrie plus faible et des températures plus élevées, impactant la prochaine campagne agricole. La dernière récolte de mars était déjà très faible : un paysan de l'Androy produisait au moins cinq tonnes d'arachide il y a deux ans, contre une tonne au plus.

Quels effets en cascade la chute de la production provoque-t-elle sur le terrain ?

Christaline Vaohanitriniriko, de la Plateforme nationale de la société civile (Pfnoscm), cite une baisse des revenus et des rations alimentaires et un phénomène migratoire : les hommes partent chercher des revenus alternatifs dans d'autres communes ou régions et envoient l'argent aux familles restées au village, qui finissent parfois par les rejoindre.