Le parquet de Paris a ouvert, ce samedi 24 octobre, une enquête confiée à l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), la « police des polices », après la blessure grave d’Ahmed Benmezroua, photographe de 25 ans, touché par un « tir de grenade » policière lors de la manifestation du 17 octobre à Paris. L’enquête porte sur des faits de « violence par une personne dépositaire de l’autorité publique, suivie de mutilation ou infirmité permanente, lors de manifestation sur la voie publique ». Le parquet a été saisi après que Me Arié Alimi, l’avocat de la victime, l’a informé de « blessures graves à son endroit (…) ayant conduit à son hospitalisation ».
Cette procédure a été « ouverte parallèlement à la plainte avec constitution de partie civile déposée par l’avocat auprès du doyen des juges d’instruction pour les mêmes faits, afin d’éviter toute déperdition des preuves », a précisé le parquet. Vendredi, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez avait indiqué que huit enquêtes avaient été ouvertes par l’IGPN pour des faits survenus lors du weekend du 17 au 18 octobre.
Une plainte avait été déposée le jeudi 22 octobre, notamment pour « tentative d’homicide volontaire », une qualification qui n’a pas été retenue pour l’enquête de l’IGPN, ce que regrette Me Alimi. Elle visait des « violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente, commises en réunion, par personne dépositaire de l’autorité publique, avec usage d’une arme », une « tentative d’homicide volontaire » et une « complicité de tentative de meurtre par instigation ». Interrogé par Mediapart, l’avocat précise qu’elle « vise le préfet de police de Paris, Patrice Faure, et le principal donneur d’ordres qui a expressément autorisé l’usage de grenades explosives, à savoir M. Laurent Nuñez ».
Réagissant à l’annonce du parquet, Me Alimi a déclaré à l’AFP : « Je regrette que le parquet de Paris ait dans un premier temps refusé toute communication et rejeté l’ouverture d’une enquête préliminaire. Cette nouvelle qualification [juridique, NDLR] a pour seule vocation à protéger le préfet de Paris et le ministre de l’Intérieur. » Et d’ajouter : « Les vols de lait en poudre semblent plus graves pour eux que la mutilation et la mort d’enfants et de manifestants. » Selon lui, « il y aura d’autres mutilés et peut-être des morts liés à ces grenades explosives. Désormais, le parquet de Paris en sera comptable ».
Ahmed Benmezroua était venu de Lens pour couvrir la manifestation parisienne du 17 octobre, marquée par des violences policières, comme l’a documenté une enquête de Mediapart. D’après le média, il a pris sa dernière photo à 16h34, avant d’être « victime d’un tir de grenade par un policier », sur la place de la République, selon les termes de la plainte. Sur une vidéo diffusée par Mediapart, on le voit au sol, la jambe en sang, avant d’être transporté par des manifestants sur une table à roulettes vers une ambulance. « Appelez les pompiers », entend-on.
Il a été touché à « l’artère fémorale » par un « tir de grenade » policière, selon Me Alimi, qui a indiqué que son client « perdait plus d’un litre de sang » avant d’être acheminé à l’hôpital. « Il a failli mourir. Les policiers ne l’ont pas secouru en le laissant se vider de son sang sur le trottoir », a affirmé l’avocat. « Opéré en urgence, pendant plus de trois heures », il a été « sauvé in extremis », selon la plainte, qui précise qu’il est « toujours en soins intensifs, sans qu’il soit possible de savoir s’il conservera l’usage de sa jambe ».
« Mon client a été victime d’une blessure de guerre avec une arme de guerre », a estimé Me Alimi auprès de Mediapart, en demandant l’interdiction de toute « grenade explosive » dans le maintien de l’ordre. Selon le média d’investigation, l’arme en question « pourrait être une grenade assourdissante GL-304, ou “Condor”, utilisée depuis 2025 ». Reste à savoir si les investigations de l’IGPN, désormais comptable de ces usages selon l’avocat, conduiront à retenir la qualification initialement demandée par la plainte.