À La Réunion, les amphithéâtres de l’université vibrent encore d’une colère qui ne s’est pas éteinte avec la fin de la manifestation. Ce vendredi 30 octobre 2026, Jean-François Hoarau, président de l’établissement, s’est adressé à la presse pour répondre à la mobilisation étudiante du jeudi 22 octobre, un mouvement qui avait entraîné l’annulation de tous les cours. Au cœur de son propos, un aveu : les difficultés rencontrées par les étudiants et les enseignants dépassent la seule question financière, même si celle-ci pèse lourd.
“La situation de l’université dépasse les difficultés financières, il faut qu’on s’interroge collectivement à notre jeunesse et à l’égalité des chances”, a déclaré Jean-François Hoarau. Des mots choisis, selon lui, pour saisir l’ensemble des problématiques qui pèsent aujourd’hui sur le quotidien des étudiants et des enseignants-chercheurs de l’île.
Derrière ces étudiants, il y a un collectif qui se dit “sans tête, ni hiérarchie” et qui a organisé une manifestation aux abords de l’université. Un mouvement que le président qualifie de “colère légitime”, estimant qu’elle “mérite d’être suivie d’effets”. Ce vendredi 30 octobre, il a restitué l’essentiel du dialogue engagé avec ce collectif le lundi 26 octobre. La mobilisation réunionnaise s’inscrit dans la lignée de celle qui traverse l’Hexagone, mais prend, aux yeux du dirigeant, une teneur particulière localement, en grande partie parce que l’enseignement supérieur de l’île ne dispose pas “des moyens qui devraient être les siens”.
“Notre responsabilité est de reconnaître toutes les difficultés qu’ils rencontrent”, a-t-il affirmé, ajoutant qu’il faut “prendre toute notre part dans la recherche de solutions”. Mais une large part de ces difficultés, selon lui, provient d’un soutien insuffisant de la part de l’État. “L’université de La Réunion est insuffisamment dotée. En moyenne, au national, cette dotation est de 7.679 euros par étudiant. À La Réunion, nous avons une dotation inférieure de 17% de celle qui existe au national.”
Le président appuie son argumentaire avec des comparaisons chiffrées. Entre 2016 et 2024, le financement de la majorité des universités françaises a progressé, alors même que celui de La Réunion baissait de 7,2%. Il cite l’exemple de l’université de Limoges, qui compte environ le même nombre d’étudiants, soit 18.000 : son budget s’élève à 144 millions d’euros contre 125 millions pour La Réunion. L’écart se retrouve aussi dans les effectifs enseignants. Limoges compte 1.080 enseignants-chercheurs contre 596 à La Réunion, soit presque le double. La conséquence directe pour les étudiants est un encadrement pédagogique bien plus réduit. “On compte 1 enseignant-chercheur titulaire pour 16 étudiants alors qu’à La Réunion, on compte 1 enseignant-chercheur pour 32 élèves”, souligne Jean-François Hoarau. Des chiffres qui témoignent, selon lui, du faible engagement de l’État vis-à-vis de l’enseignement supérieur à La Réunion, et qui peuvent expliquer en partie la colère du monde estudiantin.
Le collectif étudiant, lui, n’est pas totalement convaincu par ces réponses. S’il reconnaît que le manque de moyens joue un rôle dans la situation critique, il dresse sa propre liste de motifs de mécontentement : les “filières qui disparaissent sans que nous ne soyons consultés”, les “amphis avec des chaises cassées, l’eau qui coule”. Et surtout, une frustration liée au manque de communication et de respect de la part de l’université. “Nous prévenir à l’avance d’un changement d’emploi du temps ne coûte rien. Il existe des colères dans cette université et des colères qui sont saines.” Le collectif conclut en indiquant être “prêt à dialoguer”, mais qu’il n’acceptera “plus jamais d’être ignoré”.
En réponse, Jean-François Hoarau a avancé le lancement “d’un contrat d’objectif de moyens et de performance avec le rectorat”, afin d’amorcer à l’avenir un plan de rattrapage. Pour l’heure, c’est pourtant un sentiment d’austérité qui domine dans les amphithéâtres : pour revenir à l’équilibre après une période de déficit, l’université a mis en place un plan de réduction de la masse salariale, ce qui rend difficile l’amélioration des capacités d’encadrement pédagogique des étudiants.
La présidence de l’université est en tout cas prévenue. Pour éviter tout mouvement social, elle devra désormais composer avec ces représentants du monde étudiant et leur apporter des solutions rapides et adaptées à leurs problématiques. Le collectif, lui, attend d’être entendu. Plus de détails et d’images sont à retrouver sur https://imazpress.com/toute-l-actu/universite-etudiant-jean-francois-hoarau.