Le procès en appel de Gilles G., l’ancien policier condamné à dix ans de réclusion pour le meurtre d’Olivio Gomes, s’ouvre lundi devant la cour d’assises d’appel des Hauts-de-Seine, à Nanterre. Le verdict est attendu le 18 novembre. L’ancien membre de la brigade anti-criminalité (Bac) parisienne, âgé de 35 ans, comparaîtra libre, après sa remise en liberté sous contrôle judiciaire en mai, au terme d’un peu moins de deux mois de détention.
L’homme avait fait appel de la décision rendue en mars par la cour d’assises des Yvelines. À la lecture du verdict, il était resté impassible : dix ans de prison et une interdiction définitive d’exercer toute fonction publique, pour le meurtre d’Olivio Gomes, tué au volant de sa voiture en 2020 dans les Yvelines. Une issue rarissime, tant les condamnations des forces de l’ordre pour homicide volontaire commis dans l’exercice de leurs fonctions demeurent peu fréquentes.
Le dossier s’est construit sur des faits vieux de six ans. Dans la nuit du 16 au 17 octobre 2020, Gilles G. et deux collègues de la Bac de nuit parisienne prennent en filature la Clio d’Olivio Gomes sur le périphérique parisien, puis sur l’A13, après avoir été doublés par le véhicule. Au terme d’une filature décrite comme discrète et difficilement motivée, sur une vingtaine de kilomètres, l’équipage donne l’ordre à la victime de s’arrêter, ce qu’elle ne consent pas à faire tout de suite, selon les policiers.
Ce segment de la procédure avait longuement été examiné en première instance. La version des policiers, qui affirmaient qu’Olivio Gomes conduisait “à vive allure” et faisait des “embardées”, avait été contredite par l’exploitation de la vidéosurveillance.
La trajectoire du véhicule s’achève au pied de la résidence de la victime, dans la cité Beauregard à Poissy (Yvelines), suivie par l’équipage de la Bac. Gilles G. sort du véhicule sérigraphié “police”, met en joue la victime, qui s’est arrêtée, et pointe son arme dans sa direction. La Clio redémarre. Gilles G. fait feu à trois reprises. Le deuxième tir, mortel, perfore les deux poumons et l’aorte thoracique d’Olivio Gomes, père de famille d’origine bissau-guinéenne âgé de 28 ans, qui décède sur place.
Devant la cour d’assises des Yvelines, l’accusé avait répété avoir agi en légitime défense, affirmant qu’Olivio Gomes allait l’écraser avec son véhicule s’il n’avait pas tiré. La cour avait estimé au contraire que “l’acte incriminé n’était ni nécessaire, ni proportionné à la menace”, et retenu la culpabilité d’homicide volontaire, conformément aux réquisitions de l’avocat général. Pour justifier cette qualification, le président de la cour avait détaillé, lors de la lecture du verdict, la “nature de l’arme” utilisée, le “nombre de tirs”, leur distance “à moins d’un mètre de la victime” et leur localisation, une “zone particulièrement vitale”.
Huit mois après le premier procès, c’est désormais l’appel qui doit produire ses effets. La famille d’Olivio Gomes attend “que la justice continue le travail qu’ils ont pu faire depuis le début”, a déclaré Leonel Gomes, le petit frère de la victime, lors d’une conférence de presse vendredi. Lui avait espéré, en vain, des excuses de l’accusé en première instance.
Me Margot Pugliese, qui défend la famille avec Me Damien Vinet, a indiqué attendre “une condamnation ferme, et que les juges soient de nouveau convaincus de sa culpabilité pour meurtre”. “Je crois qu’il ne ressent même pas d’avoir enlevé une âme”, a conclu Oualid Tachkine, l’un des deux passagers du véhicule d’Olivio Gomes la nuit des faits.
Le déroulement de l’audience peut être suivi notamment via le référentiel publié par TV5 Monde à cette adresse : https://information.tv5monde.com/societe/le-proces-en-appel-du-policier-qui-tue-olivio-gomes-souvre-lundi-2844941
Contacté, l’avocat de l’accusé, Me Laurent-Franck Liénard, n’a pas souhaité s’exprimer. Me Mandine Blondin, qui représente les deux amis d’Olivio Gomes passagers de sa Clio la nuit des faits, n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP. La cour d’appel de Nanterre doit désormais conduire le procès jusqu’à son terme. La question qui reste ouverte : confirmera-t-elle la condamnation de première instance, ou réécrira-t-elle la suite de cette procédure hors norme ?