La confiance dans la justice française reste sous la barre des 50 %, et la Chancellerie en mesure les conséquences depuis plus de quinze ans. Selon une grande enquête de ses services statistiques publiée en octobre 2025, seuls 49 % des Français déclarent avoir confiance dans l’institution judiciaire. Les griefs sont précis : 86 % des répondants jugent la justice trop lente, 78 % peu compréhensible, 74 % chère, 69 % inégale dans le traitement des citoyens et 68 % pas assez sévère.
C’est dans ce contexte que se tient ce lundi 5 octobre la 9e édition de la Nuit du Droit, un rendez-vous national destiné à rapprocher les citoyens d’une institution dont la lisibilité est régulièrement mise en cause. En Occitanie, à Toulouse, Montauban et Saint-Gaudens, magistrats, avocats, universitaires et autres professionnels du droit multiplieront rencontres, débats et animations.
La défiance n’est pas un phénomène récent, et les institutions concernées l’ont documenté elles-mêmes. Dès 2008, alors que ce désamour était encore bien moins marqué, le Conseil supérieur de la magistrature s’interrogeait, dans son rapport annuel d’activité, sur les causes de cette défiance et sur les remèdes à y apporter. Les magistrats identifiaient alors « un véritable problème de communication » parmi les raisons du hiatus entre l’opinion publique et l’institution. Le rapport écrivait que « la justice devra se rendre plus accessible, plus compréhensible, plus lisible », et formulait le vœu d’une justice « plus ouverte sur l’extérieur ».
Créée en 2017 par Laurent Fabius, alors président du Conseil constitutionnel, la Nuit du Droit s’inscrit dans cette logique d’ouverture portée par les plus hautes institutions de l’État. Organisée chaque année au début du mois d’octobre, elle célèbre l’anniversaire de la Constitution française du 4 octobre 1958, texte fondateur de la Ve République. Richard Ferrand, actuel président du Conseil constitutionnel, en rappelle la portée : « Le droit est une matière souvent perçue comme austère ou rigide. Il façonne pourtant notre vie démocratique et protège nos droits et nos libertés. » Et d’ajouter : « Dialoguer avec ceux qui exercent le droit, c’est aussi mesurer son rôle essentiel dans notre société. »
Depuis sa création, l’événement connaît un succès grandissant et sa programmation s’étoffe. Les juridictions multiplient les initiatives pour attirer un public de plus en plus nombreux et de plus en plus jeune, et lui permettre de découvrir cet univers encore mal connu. La Nuit du Droit offre au citoyen l’occasion de discuter sans barrière avec les professionnels du droit, qu’ils soient universitaires, avocats, juges, greffiers, notaires, commissaires de justice ou historiens.
En Tarn-et-Garonne, le tribunal judiciaire de Montauban et le conseil départemental de l’accès au droit (CDAD), en partenariat avec l’antenne locale de l’Université de Droit de Toulouse Capitole, organisent dans les locaux de la juridiction, 5 place du Coq, à partir de 19 heures, une rencontre avec des professionnels du droit. Face au public, avocats, magistrats, greffiers, notaires, commissaires de justice et universitaires présenteront leur métier, ses enjeux et son évolution, puis répondront aux questions.
Dans le Comminges, le tribunal judiciaire de Saint-Gaudens, situé place du Palais, en partenariat avec la mairie, propose de 14 heures à 17 h 30 un forum des métiers du Droit où les professionnels dévoileront leurs parcours et leurs missions. De quoi peut-être faire naître des vocations. Autre temps fort, de 18 h 30 à 20 heures : lors d’un atelier-débat, Christophe Amunzateguy, procureur de la République, répondra aux questions du public sur le fonctionnement de la justice.
C’est à Toulouse que l’offre est la plus dense. Le tribunal judiciaire et le CDAD de la Haute-Garonne, en partenariat avec l’École de droit de l’Université Toulouse Capitole, la cour administrative d’appel et le tribunal administratif, proposent un procès fictif revenant sur de grandes affaires résolues par les juridictions, à 17 heures dans l’amphithéâtre Raynaud. Le jury réunira les professeurs de l’Université Jean-Gabriel Sorbara, Sébastien Saunier et Gregory Kalflèche, le président de la cour administrative d’appel Jean-François Moutte, la présidente du tribunal administratif de Toulouse Fabienne Billet-Ydier, ainsi que les avocats Guillaume Brouquières et Vincent Faivre-Vilotte. À 18 h 30, dans l’amphithéâtre Hébraud, l’École de Droit et la Conférence du Barreau de Toulouse organiseront un concours d’éloquence.
L’Institut catholique de Toulouse, 31 rue de la Fonderie, salle Léon XIII, proposera pour sa part un ciné-débat autour de La Controverse de Valladolid. Ce long-métrage de 1992, adapté de l’œuvre de Jean-Claude Carrière, met en scène l’un des plus grands affrontements théologiques et juridiques de l’histoire occidentale. La projection sera suivie d’un débat avec les doyens de la Faculté de Droit canonique et de la Faculté libre de Droit de Toulouse, centré sur des questions éthiques toujours actuelles : la reconnaissance de l’altérité culturelle, les critères de la « guerre juste » et la protection universelle de la dignité humaine. L’événement est ouvert à tous, sur inscription préalable.
Reste une question ouverte : ces initiatives de dialogue suffiront-elles à inverser une défiance que les institutions documentent depuis 2008 ?