Un El Niño installé, des températures exceptionnelles et une activité cyclonique réduite : tel est le pronostic issu de la 15e session du Forum de prévision climatique pour le Sud-Ouest de l’océan Indien (SWIOCOF-15), qui s’est tenue à Anse Royale, aux Seychelles, du 15 au 18 septembre derniers. Pour les opérateurs économiques, les assureurs et les acteurs du tourisme et de l’agriculture de la zone sud de l’océan Indien, la saison 2026-2027 s’annonce sous un signe familier mais coûteux.
Le rendez-vous a réuni les responsables des services météorologiques de neuf pays de la région, dont l’Afrique du Sud, le Malawi, le Mozambique et la Tanzanie. Leur diagnostic porte sur la période allant d’octobre à mars 2027, et il concerne directement La Réunion comme les îles voisines. Il va faire particulièrement chaud dans l’ensemble du bassin.
Le chiffre qui retient l’attention des acteurs exposés aux risques climatiques est celui du surcoût probable de la chaleur : le risque de températures exceptionnellement élevées se trouve multiplié par plus de cinq, alors que les températures sont déjà nettement supérieures à la normale dans la majeure partie de la région. Des records de chaleur pourraient être battus. Les conséquences d’El Niño sur les pays de la ceinture tropicale seront au centre des préoccupations, le phénomène devant rester fort au cœur de la saison des pluies.
“En situation El Niño, on va avoir plutôt une saison des pluies excédentaire dans une partie nord-est, et déficitaire dans une partie sud-ouest”, explique Laurent Labbé, climatologue à Météo France Réunion. Et de préciser la difficulté de l’exercice : “savoir dans quelle mesure on va être au-dessus ou en dessous, et où va se placer la limite entre ces deux influences”.
Cette ligne de partage a une valeur économique directe, notamment pour les filières agricoles et les activités dépendantes de la ressource en eau. Elle se situe au sud du Mozambique central et au sud-ouest de Madagascar, zones menacées de déficits pluviométriques. Plus au nord, en revanche, la Tanzanie, le nord du Malawi, le nord-nord-est de Madagascar, les Seychelles et les Mascareignes devraient connaître des précipitations normales, voire supérieures à la normale.
Pour La Réunion, les mois de novembre et de décembre devraient être marqués par des pluies abondantes et une activité cyclonique nettement inférieure à la normale. “On va avoir une activité moindre sur le bassin et en même temps, une trajectographie des phénomènes qui va s’orienter plus vers le sud”, poursuit le spécialiste de Météo France. Une configuration qui, selon lui, se traduit par “une activité moindre avec un risque moins élevé sur Madagascar et la côte du Mozambique et un impact assez moyen finalement sur les Mascareignes”.
Cette baisse du risque cyclonique sur Madagascar et le Mozambique, combinée à un déplacement des trajectoires vers le sud, modifie la carte des expositions habituelles. Les Mascareignes, elles, restent dans une zone d’impact jugée moyenne. De quoi inviter à la prudence plutôt qu’à la détente.
La préparation institutionnelle se poursuit : une réunion de prévention cyclone est prévue le 28 octobre prochain, avec la présence de la PIROI. Un rendez-vous qui permettra aux acteurs régionaux d’affiner leur lecture d’une saison où la chaleur exceptionnelle, plus que le cyclone, pourrait constituer la principale source de perturbation économique.
Le détail des prévisions et le contexte complet de cette session sont à retrouver dans le reportage publié par Réunion La 1ère : https://la1ere.franceinfo.fr/reunion/15e-forum-de-prevision-climatique-aux-seychelles-un-el-nino-installe-des-temperatures-exceptionnelles-et-moins-de-cyclones-pour-cet-ete-austral-2026-2027-1745733.html
Reste à savoir, comme le résume Laurent Labbé, où se placera précisément la limite entre les deux influences pluviométriques. C’est cette frontière, encore incertaine, qui déterminera les gagnants et les perdants économiques de l’été austral 2026-2027 dans le bassin sud-ouest de l’océan Indien.