Une enquête pour « possibles violences aggravées à l’aide d’une arme mortelle » : c’est la réponse judiciaire annoncée par le procureur de district Sean Teare après le renversement d’un ouvrier mexicain par un véhicule de l’ICE, la police américaine de l’immigration, lors d’une opération menée à Houston, au Texas. L’avocate de la victime, Kim Bruno, a fait savoir lundi 12 octobre que les agents avaient volontairement renversé son client.
Les faits remontent à samedi. Miguel Parra, ouvrier du bâtiment âgé de 48 ans, se rendait à son travail lorsque l’incident est survenu. L’ICE, l’un des principaux instruments de la politique d’arrestations et d’expulsions massives d’immigrés en situation irrégulière menée par l’administration de Donald Trump, menait alors une opération à Houston. D’après des images de vidéosurveillance, un SUV de couleur sombre a foncé sur l’homme, qui venait de quitter son véhicule à pied.
De son côté, la police de l’immigration propose une lecture différente. Des responsables de l’agence ont affirmé à Houston Public Media que Miguel Parra « courait devant un véhicule de l’ICE » et avait été « percuté ». L’ICE a également indiqué avoir cherché à appréhender une personne passagère du véhicule de l’ouvrier, laquelle présentait des inscriptions à son casier judiciaire. Dans ce récit, le contact entre le véhicule et l’homme n’est pas contesté ; c’en est la cause qui change. Le déplacement de la victime, et non la trajectoire du véhicule, y occupe le devant de la scène.
Pourtant, un même élément matériel sert de socle au dossier : la vidéosurveillance. « Plusieurs enquêteurs ayant des décennies d’expérience d’enquête sur des accidents entre véhicules et piétons ont tous regardé la vidéosurveillance, vu la scène et pensent qu’il ne s’agit pas d’une collision accidentelle », a expliqué Sean Teare au quotidien Houston Chronicle. Selon le procureur, l’expérience cumulée de ces enquêteurs et l’examen des images mènent à la même conclusion. Une appréciation qui se démarque de la version défendue par l’agence.
Pour l’avocate de l’ouvrier, la conclusion est plus tranchée encore. « Ce qui s’est passé n’est pas un accident, c’est quelque chose [qui a été fait] intentionnellement », a affirmé Kim Bruno. Un propos qui va au-delà du constat d’une collision non accidentelle et désigne directement l’action des agents.
Sur le plan médical, l’état de la victime a été décrit par Cesar Espinosa, directeur de l’organisation de défense des droits FIEL Houston : « Il souffre d’une blessure à la hanche, un peu en dessous du genou et sa cheville est fracturée ». Miguel Parra a subi une opération pour sa jambe blessée et « plusieurs sont encore prévues » pour la « reconstruire », selon la même source. Des interventions successives qui donnent la mesure de la gravité des blessures.
Au-delà du cas individuel, l’enquête ouverte par le procureur de district devra départager deux récits opposés : celui d’une agence qui décrit un homme percuté alors qu’il courait devant l’un de ses véhicules, et celui d’une défense qui affirme que le véhicule a foncé délibérément sur lui. La question posée au dossier touche au contrôle de l’action des agents dans le cadre d’une opération d’interpellation : l’usage du véhicule relève-t-il de l’accident ou de l’acte volontaire ? Entre les deux, les images de vidéosurveillance, sur lesquelles s’appuient les enquêteurs, devront faire foi. Les conclusions diront si les circonstances du renversement caractérisent les violences aggravées évoquées par Sean Teare.