Matignon riposte : Lecornu dévoile des mesures face aux lycéens

Matignon riposte : Lecornu dévoile des mesures face aux lycéens

Après des semaines de contestation, l'exécutif répond aux organisations lycéennes et étudiantes.

Matignon tente ce lundi de reprendre la main après plus d’un mois de contestation dans les lycées et les universités, un mouvement désormais exporté vers d’autres pays européens. Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, présente une série de mesures destinées à répondre aux revendications des organisations lycéennes et étudiantes, au premier rang desquelles figure la refonte de la plateforme Parcoursup. L’exécutif a tardé à mesurer l’ampleur de la colère de la jeunesse, et ce retard pèse désormais sur sa crédibilité.

Le protocole de la journée dit beaucoup de la hiérarchie des responsabilités. Les représentants lycéens et étudiants seront reçus à 14h30 par le Premier ministre. Dans la foulée, les ministres de l’Éducation nationale, Edouard Geffray, et de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, détailleront en conférence de presse les mesures arrêtées par l’exécutif.

Ces annonces suivent une nouvelle journée de mobilisation samedi, déroulée dans un calme tout relatif au regard des violences du 17 octobre. Le calendrier social, lui, ne se relâche pas. Une journée d’action à l’appel des “Gilets jaunes” est prévue samedi, tandis qu’une journée nationale de grèves et de manifestations est annoncée le 5 novembre dans les secteurs privé et public.

Le maintien de l’ordre place le ministère de l’Intérieur au centre du dispositif. Son titulaire, Laurent Nuñez, a reconnu sur BFMTV s’attendre, à propos du 31 octobre, à une journée “à nouveau compliquée” et à “une grosse journée de mobilisation”. Les organisations lycéennes et étudiantes, reçues jeudi par le même ministre, comptent demander l’interdiction du recours par les forces de l’ordre aux gaz lacrymogènes, aux LBD et aux grenades de désencerclement lors des manifestations lycéennes.

Du côté des organisations, la pression s’organise autour d’exigences chiffrées. Pierre Sourzat, président de l’organisation “Les Lycéens!”, a prévenu lundi sur franceinfo : “Si les annonces ne sont pas à la hauteur, nous continuerons à appeler à la mobilisation.” Relevant une “ouverture politique” de la part du pouvoir, il attend “un calendrier” d’initiatives “concrètes”. Son organisation réclame un plan de 10 milliards d’euros en faveur de l’enseignement du second degré et de l’enseignement supérieur.

La marge de manoeuvre budgétaire de l’exécutif reste toutefois étroite. Le gouvernement tente de faire adopter un projet de loi de Finances pour 2027 au cadrage très contraint, dans un contexte de dette publique représentant 119% du produit intérieur brut. Certaines mesures attendues pourraient d’ailleurs se concrétiser sous forme d’amendements au projet de budget, actuellement en examen au Parlement, ce qui en ferait un objet de négociation législative autant qu’une réponse administrative.

La teneur exacte des annonces demeure incertaine. Vendredi, lors d’une rencontre à l’Elysée avec les représentants des lycéens et étudiants, le président Emmanuel Macron a évoqué, selon son entourage, le “besoin d’une refonte en profondeur de Parcoursup”, la plateforme nationale d’inscription en première année de l’enseignement supérieur qui cristallise bon nombre des doléances du mouvement.

Cette perspective a aussitôt suscité une mise en garde institutionnelle. L’association France Universités, groupement de 117 établissements et de 70 présidents d’universités, a alerté vendredi contre une suppression du système instauré en 2018, qui provoquerait selon elle “une catastrophe à court terme”. Dans un communiqué, elle souligne que la plateforme n’est en rien responsable du manque de places dans certaines filières de l’enseignement supérieur, telle la santé, et qu’il convient de ne “pas confondre l’outil et la politique délibérée de réduction des moyens”, laquelle a “créé de fortes tensions pour l’entrée dans l’enseignement supérieur”.

Au cours de son échange qualifié de “franc” avec les lycéens, Emmanuel Macron a également abordé “la nécessité de rénover le bâti scolaire”, les “rythmes scolaires” ou encore les “emplois du temps qui requièrent des simplifications”. Ces thèmes rejoignent les axes de travail fixés dès le 4 octobre par le Premier ministre, qui, dans une lettre aux ministres concernés, avait demandé de mieux assurer les cours en cas d’absence, d’améliorer les conditions matérielles dans les lycées, de mieux organiser la journée des lycéens, de rendre l’orientation plus lisible et de favoriser l’association des lycéens aux décisions qui les concernent.

Le gouvernement met par ailleurs en avant les plus de 100.000 contributions recueillies sur la plateforme de consultation en ligne ouverte du 5 au 23 octobre, articulée autour de deux questions : “Quelles sont aujourd’hui les principales difficultés que vous rencontrez?” et “Qu’est-ce qui devrait, selon vous, changer ou être amélioré pour mieux apprendre et mieux vivre votre scolarité?” Sur le terrain éducatif, Edouard Geffray s’est déjà engagé sur la mobilisation de 3.000 enseignants remplaçants.

Reste à savoir si ce dispositif d’annonces, livré sous contrainte budgétaire et sous pression du calendrier social, suffira à désamorcer une contestation qui a déjà franchi les frontières. Les organisations, elles, ont fixé leur critère d’évaluation : la hauteur des mesures au regard des revendications.

(Rédigé par Sophie Louet, avec Bertrand Boucey et Claude Chendjou)

Questions-réponses

Quel est le calendrier des annonces gouvernementales ?

Les représentants lycéens et étudiants seront reçus à 14h30 par le Premier ministre, puis les ministres Edouard Geffray et Philippe Baptiste détailleront les mesures en conférence de presse.

Quels moyens de pression revendiquent les organisations lycéennes et étudiantes ?

Elles demandent l'interdiction du recours aux gaz lacrymogènes, aux LBD et aux grenades de désencerclement lors des manifestations lycéennes, ainsi qu'un plan de 10 milliards d'euros pour l'enseignement du second degré et supérieur.

Quelle est la position de France Universités sur Parcoursup ?

France Universités, groupement de 117 établissements et 70 présidents d'universités, alerte contre une suppression du système instauré en 2018, qui serait selon elle une catastrophe à court terme, et rappelle que la plateforme n'est pas responsable du manque de places dans certaines filières.

Quelles contraintes pèsent sur la capacité du gouvernement à répondre ?

Le projet de loi de Finances pour 2027 a un cadrage très contraint, dans un contexte de dette publique représentant 119% du PIB, et certaines mesures pourraient passer par des amendements examinés au Parlement.