Madagascar : le transfert de 49 membres présumés d’un réseau cybercriminel vers la Chine boucle une opération d’envergure
Lundi, 49 ressortissants chinois, dont 39 hommes et 9 femmes, ont quitté Madagascar pour être incarcérés dans des centres de détention de la République populaire de Chine. Ces transferts concluent une affaire qui illustre à quel point la cybercriminalité engage, par sa dimension transnationale, la protection des citoyens bien au-delà des frontières de l’île.
C’est aux États-Unis que tout commence. Les bureaux américains en charge de la lutte contre la cybercriminalité y détectent de nombreuses arnaques émanant de postes informatiques situés à Madagascar. Les investigations permettent de localiser 13 centres d’où partent ces fraudes. Une vaste opération est alors montée avec les forces de l’ordre de l’île Rouge, déclenchée fin juillet 2026. En quelques heures, tous les postes visés sont démantelés et 500 personnes sont appréhendées, confirme RFI, dont plus de 150 originaires de Chine. Le raid a aussi permis la saisie de 3 200 ordinateurs.
Le dispositif relève d’une coopération judiciaire internationale assumée. L’opération conjointe a réuni les forces de l’ordre malgaches et le FBI. Ce troisième transfert organisé entre les deux pays porte à 148 le nombre de détenus désormais incarcérés dans leur pays d’origine, soit 139 hommes et 9 femmes. Onze Chinois restent toutefois hors de portée des autorités : ils sont parvenus à s’évader de prison.
La dimension judiciaire du dossier a été traitée rapidement. Lors du procès organisé dans la foulée des interpellations, les exécutants du réseau ont été condamnés à des peines de 2 à 5 ans de prison, tandis que les organisateurs, selon leurs responsabilités, ont écopé de 5 à 10 ans. Des peines qu’ils purgeront intégralement en Chine.
Le cadre juridique de ces transferts s’appuie sur un traité international de longue date. Selon le site moov.mg, ces transferts s’inscrivent dans le cadre de la Convention des Nations unies contre la criminalité transnationale organisée, plus connue sous le nom de Convention de Palerme. Adoptée en 2000, elle vise notamment à renforcer la coopération entre les États dans la lutte contre les réseaux criminels opérant au-delà des frontières. Madagascar l’a rejointe en 2005, un engagement qui trouve ici sa première application concrète à cette échelle.
Pour les citoyens, l’affaire rappelle que les arnaques en ligne ne connaissent pas de frontières et que leur démantèlement suppose une chaîne de coopération entre polices et justices de plusieurs pays. Elle met aussi en lumière le rôle des services publics malgaches, de leurs enquêteurs à leur système pénitentiaire, directement mobilisés face à un phénomène criminel d’envergure internationale. Les onze fugitifs, eux, restent à retrouver.
Par Fabrice Floch