La Déter 2026 : un festival sous l'égide de la Saison méditerranéenne

La Déter 2026 : un festival sous l'égide de la Saison méditerranéenne

Un rendez-vous artistique qui met la censure et les frontières au centre du débat

La Déter, festival inscrit dans la Saison méditerranéenne 2026, ouvre du 14 au 17 octobre 2026 une fenêtre sur des territoires marqués par la guerre, la censure et les héritages coloniaux. Dirigé par David Wampach, l’événement se déploie au Cratère théâtre, au Cinéplanet puis gratuitement à la Grand-Combe, et réunit quatorze propositions artistiques ainsi que deux expositions consacrées à des créateurs de Palestine, d’Algérie, de Tunisie, du Maroc, d’Égypte et du Liban.

La programmation assume une dimension politique revendiquée. “Cette focale sur ces pays du pourtour méditerranéen n’est pas là comme une vitrine de la Méditerranée ni ces artistes, des ambassadeurs de leur pays. Cette programmation s’est faite par affinité avec un propos militant qui parle de ce qui se passe ailleurs”, précise le directeur du festival. Pour David Wampach, cet ailleurs désigne six pays dont la Méditerranée forme une presque frontière à abolir, ainsi qu’un espace agité de tensions géopolitiques aux intensités diverses, dans lequel puisent leur matière une dizaine d’artistes présents lors de cette Semaine Méditerranéenne.

La question de la liberté d’informer occupe une place centrale dans cette édition. L’exposition “S.O.S, Save our souls”, présentée par l’association SOS Méditerranée, illustre dix années de crise humanitaire en Méditerranée. L’autre exposition, “Les yeux de Gaza”, est proposée par l’association France Palestine Solidarité (AFPS) et rend hommage à la photojournaliste indépendante Fatma Hassona, assassinée le 16 avril 2025 par un tir ciblé de l’armée israélienne. Ses images sont devenues aussi rares que précieuses, alors que l’on dénombre plus de deux cents journalistes tués par l’armée israélienne et que l’État d’Israël empêche toute presse de travailler à Gaza. Le vernissage se tiendra le 13 octobre à 19 h au Cratère. Une présentation détaillée de l’événement est par ailleurs disponible sur https://www.midilibre.fr/2026/10/11/la-grand-combe-ales-la-deter-le-festival-phare-dune-mediterranee-engagee-13591006.php.

La danse constitue le second volet de cette programmation. “Du folie”, pièce de David Wampach présentée le 13 octobre au Cratère, met en scène trois corps exprimant des souffrances transgénérationnelles liées au déracinement, à l’exil et à la colonisation. Avec une écriture inspirée par les textes du psychiatre Franz Fanon, le chorégraphe évoque une folie conjuguée au masculin, celle de “ces hommes complètement tarés”, puissants ou médiocres qui s’agitent, la bave haineuse aux lèvres. Face à eux danse ce trio, s’affranchissant du poids d’une mémoire mortifère afin de ressurgir à l’air libre de leur intime, de leur culture, de leur histoire.

L’expression artistique face à l’indicible, en Palestine et au Liban particulièrement, peut s’avérer double. Le chorégraphe et danseur palestinien Mohamed Smama conte l’enfer de Gaza avec “Rim Bann”, une projection au Cinéplanet le 14 octobre, avant d’animer un atelier de Dabkeh, danse traditionnelle unissant l’acte de résistance à l’oppression à celui de l’affirmation d’une identité, le 17 octobre à la Déter. “L’mina” de Randa Maroufi, court métrage expérimental projeté le 14 octobre au Cinéplanet, offre un parallèle saisissant avec le passé minier du pays Grand-Combien en évoquant ces mineurs du Rif marocain poursuivant de manière informelle l’exploitation d’une mine dans la ville de Jerada et Hassi Blal.

Les migrations et le contrôle des frontières sont également abordés. Le documentaire “Tanger, le rêve des brûleurs” de Leïla Kilani (2002), diffusé le 17 octobre au Frénétik, suit ces “brûleurs”, ou herraguas en dialecte marocain, qui jettent au feu leurs papiers d’identité, acte irréversible afin de disparaître physiquement dans l’espoir de renaître ailleurs, loin de la mort, de la guerre, de la violence et de la misère filmées à Tanger, dernière station avant une Espagne qui fait toujours fantasmer, à l’image des récents événements à Ceuta, enclave espagnole au Maroc. Ces mineurs, d’âge cette fois, rêvaient d’une Europe qui se barricade en 1991 par le jeu des visas sans décourager leur départ.

Avec “Cis-tem Error”, Nadim Bahsoun, artiste et performeur queer libanais, évoque une peur sourde et profonde liée à la guerre, dans une performance portée comme un hommage à une figure de résilience et d’apaisement dans le chaos, Hajjeh Omm Hassan, sa grand-mère surnommée Âmina.

Enfin, le cabaret “Salmati”, avec les artistes libanais Salma Zahore, Mme Ducri et Diva Beirut, clôturera l’édition le 17 octobre à l’Urban parc à partir de 19 h, par l’exubérance, le rire et l’outrance, afin de célébrer la singularité. La Déter, en pays Grand-Combien, devient ainsi rivage d’une Méditerranée en ébullition, politique et artistique. Reste à savoir si cette fenêtre ouverte sur les territoires en crise parviendra à faire entendre, au-delà des salles, la portée de son propos militant.

Questions-réponses

Quand et où se déroule le festival La Déter en 2026 ?

Du 14 au 17 octobre 2026, au Cratère théâtre, au Cinéplanet, puis gratuitement à la Grand-Combe, en pays Grand-Combien.

Quelles expositions sont présentées et par qui ?

'S.O.S, Save our souls', présentée par l'association SOS Méditerranée, et 'Les yeux de Gaza', proposée par l'association France Palestine Solidarité (AFPS), avec un vernissage le 13 octobre à 19 h au Cratère.

Qui était Fatma Hassona ?

Une photojournaliste indépendante assassinée le 16 avril 2025 par un tir ciblé de l'armée israélienne ; ses images sont devenues rares et précieuses.

Quels artistes et œuvres composent le volet danse et cinéma ?

'Du folie' de David Wampach, 'Rim Bann' et un atelier de Dabkeh de Mohamed Smama, 'L'mina' de Randa Maroufi, 'Tanger, le rêve des brûleurs' de Leïla Kilani, 'Cis-tem Error' de Nadim Bahsoun, et le cabaret 'Salmati' avec Salma Zahore, Mme Ducri et Diva Beirut.

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