Festival d'automne : Bouchra Ouizguen pilote trois scènes

Trois productions livrées à Paris, entre Chaillot et la MC93

Festival d'automne : Bouchra Ouizguen pilote trois scènes

Bouchra Ouizguen au Festival d’automne : un Portrait au présent, entre plateaux, logistiques et corps en mouvement

Este Mundo au Théâtre National de Chaillot, Qunfudh et la plateforme Mosaïque à la MC93 : le Festival d’automne a confié à Bouchra Ouizguen une mission singulière, non pas une rétrospective de son œuvre, mais un Portrait au présent, un cheminement qui va d’un passé matriciel vers un futur indéfini. La danseuse-chorégraphe marocaine relève ce défi par une programmation en mosaïque, faite de compositions et de croisements de cultures d’origines différentes. Sur les deux plateaux parisiens, c’est bien une opération de production concrète qui se déploie : des spectacles montés, des équipes réunies, des espaces scéniques organisés pour que circule en permanence le mouvement libre, le lien, l’accueil et l’attention aux autres.

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Le portrait s’appuie sur un travail de fond mené depuis longtemps sur le terrain. Bouchra Ouizguen vit et travaille à Marrakech, où elle s’est engagée depuis 1998 dans le développement d’une scène chorégraphique locale. Son entreprise est nourrie par ses rencontres avec la musique, l’artisanat et la poésie. Plutôt que de choisir une forme rétrospective, elle a bâti une structure éclatée, où chaque pièce fonctionne comme un module d’un ensemble plus vaste.

Premier module livré : Este Mundo, donné au Théâtre National de Chaillot en collaboration avec la Compagnie inclusive Dançando com a Diferença de Madère, dirigée par Henrique Amoedo. Sur le plateau, six interprètes aux corps et à l’expression non normés sont mis en scène. La construction chorégraphique repose sur les éléments et les matières explorés par chacun : qui oiseau et nid, qui eau et reine, qui terre et stabilité, suspension et ange ou soleil. Portée par ces images, la danse déploie une présence faite d’attention et de tendresse, et anime le plateau d’un souffle qui enveloppe, au son de musiques modernes ou traditionnelles. Le montage de la pièce illustre une méthode de fabrication où la circulation des corps est construite à partir des matériaux mêmes des interprètes.

Deuxième volet, à la MC93 : le solo Qunfudh, « hérisson » en arabe. Ici, la chorégraphe met en scène un corps qui s’efface ou déploie au contraire un espace de liberté. Vêtue d’un burnous noir qui soustrait son corps au regard et d’un haut chapeau de paille dissimulant son visage, elle fait zigzaguer à travers tout le plateau de lourds accessoires de magasiniers, de grands chariots à roulettes chargés de balles de tissus sur lesquels elle se jette et glisse joyeusement. Elle déploie ensuite de grands pans de tissus gris dont elle se drape, évoquant des présences disparues.

La mécanique du solo se lit aussi dans son rapport au plateau et à la matière scénique. Son mouvement ouvre l’espace sur des sons industriels et des chants traditionnels. Emmitouflée soudain dans un vaste et épais burnous blanc, elle le jette telle une lourde couverture traditionnelle sur le seul chariot resté en scène, qui devient lit où s’enfouir. Des tissus dorés et pailletés permettent ensuite la reprise de danses chaloupées au son de chants de l’Alentejo et orientaux.

Toujours à la MC93, dans le cadre de la plateforme Mosaïque, Bouchra Ouizguen a invité des chorégraphes complices de divers pays, du Maroc, d’Iran et du Burundi, à partager une constellation d’expériences. D’une pièce à l’autre, cette Mosaïque fait résonner l’évanescence des corps, les forces de vie, la quête de sens et l’acte poétique. Le dispositif fonctionne comme une plateforme d’accueil où chaque création trouve son espace de présentation.

Dans La deuxième danse politique, Josué Mugisha, du Burundi, joue de la disparition présumée de l’auteur du texte fondateur de la pièce pour poser la question du sens. Le conteur rythme sa présentation et libère une parole critique en s’accompagnant de hauts tambours, les ingoma en kirundi, symboles de l’autorité royale et de l’histoire politique et rituelle du Burundi monarchique. En vis-à-vis, quatre jeunes et vifs interprètes, hommes et femmes, déploient dans un mouvement ininterrompu une danse très énergique qui évoque la joie source de vie, la lutte, le combat, la souffrance, la conciliation et la renaissance.

Le dispositif scénique mobilise plusieurs outils : le conteur utilise des accessoires qui contraignent son mouvement et projette des films-allusion au climat politique mondial, tandis que les danseurs invitent des spectateurs à les rejoindre sur le plateau. Une actrice complice les accompagne et, dans une parole forte, évoque le retour éternel du mythe de Sisyphe, confrontant notre désir de sens à un monde qui en est dépourvu. Échoués un temps sur une immense table et entourés de la troupe constituée, les danseurs cèdent à la tentation de croquer des fruits scintillants et rubicons, avant de reprendre ensemble une danse projetée sans fin, de plus en plus vive, radicale et explosive, au rythme asséné des tambours.

Au bout du compte, ce Portrait au présent tient sa promesse de livraison : des œuvres montées, des collaborations organisées, des plateaux occupés et des publics accueillis. Ce que le Festival d’automne présente n’est pas une archive mais une machine en marche, où chaque pièce, d’Este Mundo à La deuxième danse politique, prouve que le projet de Bouchra Ouizguen fonctionne réellement sur scène. Reste à savoir ce que deviendra cette structure éclatée une fois le portrait refermé.

Questions-réponses

Quelle mission le Festival d'automne a-t-il confiée à Bouchra Ouizguen ?

Non pas une rétrospective de son œuvre, mais un Portrait au présent : un cheminement d'un passé matriciel vers un futur indéfini, bâti comme une structure éclatée où chaque pièce fonctionne comme un module d'un ensemble plus vaste.

Que comprend le module Este Mundo et où est-il présenté ?

Este Mundo est donné au Théâtre National de Chaillot en collaboration avec la Compagnie inclusive Dançando com a Diferença de Madère, dirigée par Henrique Amoedo. Six interprètes aux corps et à l'expression non normés y sont mis en scène, la construction chorégraphique reposant sur les éléments et matières explorés par chacun.

Comment le solo Qunfudh est-il construit sur le plateau ?

À la MC93, la chorégraphe, vêtue d'un burnous noir et d'un haut chapeau de paille, fait zigzaguer de lourds accessoires de magasiniers et de grands chariots à roulettes chargés de balles de tissus. Elle déploie ensuite des pans de tissus gris, un burnous blanc jeté sur le chariot devenu lit, puis des tissus dorés au son de chants de l'Alentejo et orientaux.

Qu'offre la plateforme Mosaïque à la MC93 ?

Bouchra Ouizguen y a invité des chorégraphes complices du Maroc, d'Iran et du Burundi à partager une constellation d'expériences. Le dispositif fonctionne comme une plateforme d'accueil où chaque création trouve son espace de présentation, incluant La deuxième danse politique de Josué Mugisha avec les tambours ingoma.