Roland Lescure a tiré la sonnette d’alarme sur le coût de la dette française, alors que le projet de loi de finances pour 2027 poursuit son parcours parlementaire. Interrogé sur franceinfo, le ministre de l’Économie et des Finances a qualifié la hausse des taux d’emprunt de “signal d’alarme”, tout en relativisant la situation. “Nous avons la confiance des marchés au sens où on n’a pas de problème pour émettre de la dette, mais ça nous coûte plus cher et ça, c’est un signal d’alarme qu’on doit tous intégrer”, a-t-il déclaré.
Sur le palais Bourbon, les députés examinent aujourd’hui la première partie du projet de loi de finances 2027, consacrée aux recettes. La journée sera notamment dédiée au prélèvement sur recettes au profit de l’Union européenne, part essentielle de la contribution française au budget européen et fer de lance du Rassemblement national. Hier, la motion de rejet préalable portée par le Parti socialiste a été largement repoussée, ouvrant la voie à la poursuite des débats.
Parallèlement, la commission des affaires sociales se penche dès aujourd’hui, et jusqu’au 16 octobre, sur le projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 2027. Ce texte, qui engage les comptes de la Sécu pour l’année à venir, arrive donc en commission alors que les discussions budgétaires occupent largement l’agenda politique.
Du côté de l’exécutif, le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, est intervenu à plusieurs reprises sur BFMTV-RMC au sujet du mouvement lycéen. Il a indiqué qu‘“un peu moins de 200 lycées” seront “fermés” aujourd’hui, tout en précisant que “96% des lycées sont aujourd’hui en France ouverts” et qu’aucune perturbation n’a été repérée dans les trois quarts des départements. Selon lui, “la semaine dernière, 114 lycées étaient en situation critique, qualifié de rouge, hier soir il n’en restait plus que 50”.
Sur le front des moyens, le ministre a expliqué que “plus d’un tiers” des 3.000 professeurs remplaçants dont le déploiement en urgence avait été annoncé sont déjà “déployés” devant des élèves. Des “centaines de contractuels” vont être recrutés dans les prochains jours, dont “90” depuis vendredi “sur des disciplines rares”. Le gouvernement a par ailleurs reçu “90.000 contributions” de la part des lycéens sur la plateforme mise en place pour recueillir leurs doléances.
Concernant les tirs survenus lundi au collège Joseph-Lakanal d’Aubagne, qui ont blessé le principal et une professeure, Édouard Geffray a salué une équipe pédagogique “extrêmement courageuse”. “La première question du principal ça a été ‘est-ce que mes élèves et mes collègues vont bien?’, alors qu’il était blessé. Ce ne sont pas des gens qui aspirent à la violence. C’est des gens extraordinaires”, a-t-il affirmé sur BFMTV-RMC.
Le ministre s’est aussi exprimé sur plusieurs dossiers structurels de son ministère. Il s’est dit “plutôt favorable”, à titre personnel, à un raccourcissement des vacances scolaires “pour alléger les professeurs et les élèves”, notant que la France compte “16 semaines de vacances quand les autres pays de l’OCDE en ont 13 en moyenne”. Mais il renvoie ce débat à la présidentielle, jugeant le sujet “tellement impactant sur toute la vie sociale des Français” qu’il ne peut être traité que globalement dans ce cadre. Sur Parcoursup, il a annoncé que “des améliorations vont être proposées” par son collègue de l’Enseignement supérieur, se disant ouvert à “des aménagements, possiblement substantiels”, mais refusant une suppression pure et dure. Le contrôle continu fait “partie des choses qu’on va regarder”, a-t-il ajouté, en donnant rendez-vous à la fin octobre. Il a enfin affirmé que le gouvernement “ne va pas changer le bac à 6 mois d’une présidentielle”, estimant qu‘“il faut arrêter de réformer sans arrêt”.
Sur le plan politique, l’essayiste et directrice de la revue L’Audace !, Natacha Polony, a annoncé sa candidature à l’élection présidentielle sur France Inter. Elle a dénoncé la “règle aberrante” des parrainages de 500 signatures, qu’elle va pourtant “se conformer” à respecter, une règle qui a été “durcie par François Hollande puis Emmanuel Macron de façon à verrouiller le système”. “Je ne suis pas une candidature de clivage mais de rassemblement”, a-t-elle affirmé, estimant qu’il faut “débloquer cette situation”.
Les réactions se sont aussi multipliées au sein des partis. Marion Maréchal, ex-vice-présidente exécutive de Reconquête, a jugé sur LCI qu’Éric Zemmour “s’est auto-marginalisé” et “isolé politiquement”, disant ne pas redouter son entrée en campagne. Le vice-président RN de l’Assemblée nationale, Sébastien Chenu, a fustigé sur Sud Radio un gouvernement qui a laissé “un mouvement lycéen se transformer en émeutes”, tout en reconnaissant “un nombre important” de revendications qui “doivent interroger l’ensemble des pouvoirs publics”. “Avant de s’occuper des revendications, il faut rétablir l’ordre”, a-t-il insisté, jugeant que l’exécutif “n’a rien vu venir, n’a rien prévu, n’a rien anticipé”.
À gauche, la présidente du groupe LFI à l’Assemblée nationale, Mathilde Panot, a réagi à la victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire sociale-démocrate en rappelant que leurs “adversaires sont la macronie et l’extrême droite”, avant de glisser : “Je félicite la macronie d’avoir un troisième candidat.” Le sénateur de Paris Yannick Jadot, temporairement exclu des Écologistes en septembre, a pour sa part fustigé au micro de RCF Notre-Dame la direction de Marine Tondelier : “Depuis trois ans, les écologistes ont perdu deux tiers de leurs électeurs.” Il a réaffirmé son soutien à la candidature de Raphaël Glucksmann. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a appelé sur RTL à “écouter la colère qui bouillonne dans le pays”, tout en assurant qu’il “ne légitimera jamais” la violence lors des manifestations.
Alors que la commission des affaires sociales entame son examen du financement de la sécurité sociale, la question reste ouverte : l’exécutif parviendra-t-il à tenir son calendrier budgétaire malgré le coût croissant de la dette et les tensions politiques autour du mouvement lycéen ?